Ce projet a été mis en œuvre grâce à une subvention obtenue de Global Greengrants Fund Uk
- Activités réalisées
1.1- Atelier de concertation entre le service de conservation du parc marin, BCL et les bénéficiaires
Cet atelier avait pour but de présenter le projet aux acteurs de la filière pêche en général et en particulier aux femmes fumeuses de poissons qui sont les principales cibles et bénéficiaires du projet.
Cet atelier a démarré par trois allocutions à savoir celles du :
– Chef de l’Antenne IRAD de Recherche Spécialisée sur les Ecosystèmes Marins d’Ebodjé (M. Kagombe Lemone).
Cette antenne est une structure décentralisée de l’Institut de Recherche Agricole pour le Developpement (IRAD) ; qui est la plus grande institution publique de recherche au Cameroun. L’IRAD est placée sous la tutelle du Ministère de la Recherche Scientifique et de l’Innovation et compte plusieurs structures de recherche spécialisée dans l’ensemble des zones agroécologiques du Cameroun. Le chef d’antenne dans son allocution a mis en évidence le rôle clé et la place des femmes dans la filière pêche. Il a indiqué qu’elles sont marginalisées et leurs activités sont faiblement capitalisées dans les statistiques officielles alors qu’elles ont un rôle prépondérant dans l’ensemble de la chaîne après la capture du poissons c’est à dire la transformation, la commercialisation du poisson et ses produits dérivés et dans une certaine mesure la gestion des revenus.
– Conservateur du parc marin de Manyange na Elombo-Campo (M.Sambou Mamballa Patrick)
Dans son allocution, a rappelé l’importance du parc marin comme étant un lieu circonscrit où les activités humaines sont controlées et la pêche est surveillée et régulée pour promouvoir une gestion durable des ressources et le tourisme ecologique axé sur l’observation des espèces phares au profit des communautés riveraines. Il est à noté que ce projet vient accompagner le service de la conservation du parc marin dans l’une de ses missions régaliennes qui consiste à lutter contre la pauvreté au sein de la communauté de pêcheurs. Le projet entend promouvoir une pêche durable à travers l’amélioration des revenus des femmes transformatrices de poissons.
– Coordonnateur des programmes de BCL (Prof Ebonji Seth)
Ce dernier a souhaité la bienvenue à l’assistance et a invité les participants et particulièrement les femmes et les pêcheurs à s’approprier du projet pour garantir sur le long terme la durabilité de la pêche, la qualité des produits transformés et les revenus.
L’atelier a été animé par le Secrétaire Exécutif de BCL (Dr Ngueguim Jules Romain) qui a effectué une presentation powerpoint sur les enjeux et l’importance du projet. Il a rappelé le bien fondé de « l’art de fumer le poisson » et l’impact économique de cette activité de fumage de poisson dans la communauté de pêcheurs et notamment pour les femmes. Il a relevé que dans la filière pêche artisanale, les femmes demeurent un maillon faible de la chaine, et le projet vient renforcer leur capacité à bien fumer le poisson avec un accent sur la qualité pour avoir un produit sain. Le projet va également contribuer à la préservation de l’environnement par l’usage des fumoirs écologiques qui consomment peu de bois et contribuent à lutter contre les changements climatiques. Il a mis en exergue la portée économique du projet qui vise à améliorer les revenus des femmes qui sont un groupe vulnérable et marginale. Au terme de l’exposé, plusieurs échanges ont eu lieu avec les participants.
Les participants à cet atelier proviennent de différents maillons qui constituent la filière pêche artisanale à savoir : les pêcheurs, les vendeurs de bois, l’autorité traditionnelle, les organisations de la société civiles (OSC), le personnel du service de la conservation et de l’antenne IRAD et enfin les fumeuses de poissons qui étaient majoritaires. Au total 42 personnes ont participé à cet atelier et les femmes représentaient 50% des participants.
1.2- Atelier de formation sur les aspects éthiques, sanitaires et légaux régissant la pêche durable et le fumage du poisson
Cet atelier a été animé par le Conservateur du parc marin. Un total de 25 participants a été convié à cet atelier avec une priorité accordée aux femmes fumeuses de poissons (18 femmes) auxquelles ont été associés quelques pêcheurs. L’exposant a abordé les questions d’hygiène et salubrité, les techniques de fumage du poisson, l’importance des fumoirs écologiques, les questions environnementales, la législation sur la pêche et les problèmes de santé liés aux mauvaises pratiques (notamment l’utilisation des vieux vêtements et objets plastiques pour fumer le poisson) et l’exposition des femmes aux fumées et fortes chaleurs etc.
Cet atelier s’est achevé par la signature d’une charte de bonne pratique de la pêche et de fumage du poisson.
1.3- Formation de 10 jeunes volontaires à la construction de fumoirs écologiques.
Les jeunes formés sont des volontaires, ils se recrutent parmi les sans-emplois, les maçons et pêcheurs locaux. La formation s’est avérée nécessaire après plusieurs constats. Certaines fumeuses de poissons ont entrepris de construire des fumoirs dans le village Ebodjé, mais en général ces fumoirs présentent plusieurs défauts à savoir :
i) ils sont parfois construits très haut du sol, ce qui va entrainer la consommation de grandes quantités de bois
ii) Ils sont parfois trop bas, ce qui nécessite peu de bois mais avec un risque élevé de calciner le poisson
iii) les briques de terres sont parfois mal dimensionnés et fragiles à cause du mauvais choix de matériaux (terre argileuse).
L’intérêt de la formation des jeunes à la construction des fumoirs permet d’avoir une main d’oeuvre qualifiée disponible localement et peu couteuse. Les connaissances acquises peuvent également être valorisées dans la construction des maisons d’habitation en briques de terre. Le choix de matériaux locaux pour la construction des fumoirs écologiques type chorkor rend accessible le coût de fabrication et la disponibilité de matériaux.
La formation comprends plusieurs modules notamment:
i) importance socioeconomique, environnementale et sanitaire des fumoirs écologiques pour le fumage de poissons
ii) technique de fabrication des fumoirs (dimensionnement, élevation des parois et cloisons)
iii) technique de reconnaissance d’une terre argileuse qui permet de fabriquer des briques de terres solides
iv) technique de fabrication de moules en bois bien dimensionnés pour avoir des briques de terre de volume identique.
v) fabrication à l’aide du bois des claies superposables
La formation a été dispensée par un maçon expérimenté. Elle s’est faite en deux phases donc l’une théorique et l’autre pratique. La phase pratique (learning by doing) a eu lieu pendant la construction des fumoirs. Chaque fumoirs comprends cinq claies superposables, ce qui permet de fumer de grandes quantité de poissons.
1.4- Construction de 2 fours écologiques
Deux fumoirs de poissons avec chacun cinq claies superposables ont été construits dans deux quartiers Ngata et Manga Madjao. Le choix des sites devant abriter les fumoirs s’est effectué de façon participative. Plusieurs sites ont été volontairement offerts par les fumeuses de poissons et pêcheurs. Le chef du village a privilégié l’implantation des fumoirs dans un espace communautaire à accès libre et à proximité des zones de concentration des fumeuses de poissons. Les fumoirs ont été construits par les jeunes formés auxquels se sont associés d’autres membres de la communauté. Les femmes étaient chargées de l’approvisionnement en eau et les hommes de la manutention.
1.5- Formation learning by doing de femmes à l’utilisation et entretiens des fumoirs écologiques

Au total, 25 femmes ont participé à cette séance de formation qui était essentiellement pratique.
La remise des fumoirs s’est effectuée le 27 juillet 2026. Cette date a coïncidé avec le festival culturel de Campo, une localité voisine. Plusieurs femmes n’ont pas pu revenir à temps pour participer à la cérémonie de remise des fumoirs. La remise solennelle des fumoirs s’est faite en présence du chef du village Ebodje, le conservateur du parc marin, la présidente de l’association des fumeuses de poissons et autres. Ces personnalités ont d’ailleurs pris la parole pour remercier ce don et particulièrement BCL et Global Greengrants Fund. L’effervescence des fumeuses de poissons était perceptible à travers des pas de dance et les mélodies traditionnelles dans lesquelles elles apprécient cette initiative et remercient les donateurs (voir video et photos).
- Changements ou résultats du projet
2.1 Changement le plus significatif à la fin du projet
– Au total, 75 femmes vont directement bénéficier de l’utilisation de ces fumoirs, soit environ une trentaine de femmes par fumoirs.
– On note un engouement à la fabrication des fumoirs dans le village. Toutes les femmes s’attellent à la fabrication des fumoirs écologiques dans un coin de leur cuisine pour remplacer les fumoirs traditionnels.
– la signature d’une charte de bonne pratique des activités de pêche et fumage du poisson traduit la matérialisation de la volonté des bénéficiaires à rester dans la légalité. Depuis la signature de la charte aucune infraction n’a été enregistrée par les services de la conservation du parc marin
2.2 Le financement a-t-il aidé à améliorer les conditions environnementales ?
Oui le financement a aidé à améliorer les conditions environnementales sur plusieurs points :
– sur le plan de la santé : on va relever la réduction de l’exposition des femmes à la fumée et aux fortes chaleurs. Egalement la production de poissons de bonne qualité et sains.
– sur le plan de l’environnement : on va noter une réduction de la consommation du bois de feu, et donc la réduction de la dégradation des mangroves et forêts littérales par la coupe du bois de feu. Ceci va entrainer la réduction de l’émission des gaz à effet de serre. Ainsi le projet s’inscrit dans une logique de lutte contre les changements climatiques.
– sur le plan économique : un fumage approprié de poissons améliore la qualité et la durée de conservation du poisson fumé, ce qui apporte une plus-value au produit et améliore les gains.
2.3 Contribution du financement au renforcement des capacités de notre organisation ?
Oui le financement a aidé à renforcer notre organisation :
– Ce financement nous a permis d’améliorer la visibilité de nos actions sur le terrain et notre emprise territoriale.
– Nous avons créé un site web (www.biodiversityconservationforlife.org) pour améliorer notre visibilité à travers la communication sur nos activités (en voie de consolidation)
– Nous avons créé un site facebook (Biodiversity Conservation for Life – BCL) pour communiquer régulièrement sur nos activités pour plus de visibilité
– Lors de la mise en œuvre du projet, notre organisation a été approchée par plusieurs chefs traditionnelles qui souhaitent que ce projet soit dupliqué dans leurs villages. Ils estiment que les résultats sont tangibles et concrets. A cet effet des conventions de partenariat ont été signées pour matérialiser cette volonté et nous permettre de solliciter auprès de Global Greengrants Fund ou d’autres bailleurs un financement additionnel (voir annexe 1).
2.4 Le financement a-t-il aidé à augmenter l’implication de la communauté ou augmenter son éveil ?
Oui le financement a contribué à augmenter l’éveil des communautés.
– La sensibilisation a aidé à édifier et conscientiser les fumeuses de poissons sur les risques graves qui existent lorsqu’on utilise les vieux vêtements et objets plastiques pour fumer le poisson. Plus de 80% des femmes ayant participé à la formation ne connaissaient pas ce danger.
– La sensibilisation des femmes a également permis d’édifier les fumeuses de poissons sur les risques d’exposition aux fumées et fortes chaleurs.
– L’engouement des femmes qui se traduit par la fabrication des fumoirs et les chants et danses rassure de l’appropriation du projet.
– La signature d’un code de bonnes pratiques communautaires de pêche artisanale et fumage de poissons marque l’engagement et prise de conscience sur des pratiques saines et durables.
2.5 Le financement a-t-il aidé votre organisation à impacter la politique publique ?
Oui le financement a permis de contribuer à certaines préoccupations des politiques publiques notamment:
- La lutte contre la pauvreté. Le projet vise l’autonomisation et l’amélioration des revenus des femmes fumeuses de poissons
- La lutte contre les changements climatiques. Les fumoirs écologiques vulgarisés dans le cadre de ce projet ont une faible consommation de bois. Ceci se traduit par une faible émission de CO2 et une réduction des pressions sur les mangroves et forêts littorales.
- La protection de la santé des fumeuses de poissons. Les fumoirs écologiques présentent plusieurs avantages. Elles réduisent l’exposition des femmes aux fumées et fortes chaleurs, améliorant ainsi le cadre de travail.
- La création des emplois. Le projet a formé des jeunes désœuvrés et renforcé les capacités des maçons à la construction des fumoirs. Ces connaissances peuvent également servir à la construction de maisons en brique de terre.
2.6 Parlez-nous de toutes autres preuves supplémentaires de changement que vous constatez suite à ce financement.
– La théorie du changement. Nous avons travaillé avec des communautés qui n’ont pas l’habitude de se mettre ensemble pour réaliser des initiatives communautaires. Le projet a contribué à éveiller les consciences sur l’importance du travail communautaire et de la gestion collective. Ceci se matérialise par la participation des femmes, hommes et jeunes à la construction des fumoirs.
– L’engouement des femmes à la fabrication des fumoirs dans leur cuisine en remplacement des fumoirs traditionnels
– Aucune infraction n’a été enregistrée par le service de la conservation du parc marin depuis la signature du code de bonne conduite de la pêche et du fumage du poisson.
- Enseignements les plus importants tirés de cette subvention ?
Plusieurs enseignements ont été tirés lors de la mise en oeuvre de ce projet par le personnel de notre organisation à savoir que:
– le travail communautaire nécessite la clarté dans la communication, un leadership partagé et une forte implication des bénéficiaires tout au long du projet.
– le travail participatif avec les communautés demande assez de patience, l’écoute et l’attention
– la collaboration avec les autres acteurs de developpement (autorités administratives et traditionnelles, leaders des associations locales de développement etc) est pertinente pour la facilitation de la mise en oeuvre des projets.
– l’aboutissement d’un travail communautaire renforce la cohésion sociale, exige une gestion rigoureuse et transparente des ressources et une écoute active des besoins locaux.
- Presses en ligne
https://tribuneverte.online/bcl-lance-un-projet-de-fumoir-communautaire-a-ebodje
Quelques photos illustratives des activités du projet
Ateliers de lancement du projet et de formations






